Derrière chaque figurine se cache un atelier, une histoire, un savoir-faire bien précis. Matériaux, techniques, gammes de prix : chaque maison a sa propre signature, et il n’est pas toujours simple de s’y retrouver quand on débute dans la collection.
Cet article a pour but de t’éclairer sur les spécificités de quatre ateliers emblématiques du monde de la figurine franco-belge. Cette liste n’est bien sûr pas exhaustive — il existe bien d’autres maisons prestigieuses — mais elle te donnera déjà un bon aperçu de la diversité de cet univers :
- L’atelier Pixi
- L’atelier Leblon Delienne
- L’atelier Fariboles
- L’atelier Boulesteix
L’atelier Pixi

Tout commence en 1982, avec la rencontre entre Alexis Poliakoff, sculpteur passionné par le modelage depuis l’enfance (il remporte un concours du Figaro à seulement 9 ans), et Philippe-Antoine Guénard, collectionneur dans l’âme depuis ses quinze ans et sa première série d’images d’Épinal. Le déclic survient lorsque Philippe-Antoine découvre deux miniatures d’Alexis dans un tiroir et décide de bâtir une entreprise autour de son talent. Pierre Guénard, beau-père d’Alexis, finance le projet naissant. Le nom « Pixi » naît de la contraction de leurs initiales — Pierre et Alexis — et évoque aussi la pixilation, une technique d’animation chère à Alexis.
Inspirée des soldats de plomb traditionnels (5 à 6 cm), la première série voit le jour en 1983, imprégnée de l’esprit Belle Époque. Après un accueil timide, la marque se développe : première boutique rue de Seine à Paris en 1984, puis diversification vers les années 1950, le sport, le théâtre et l’opéra. Le tournant majeur survient avec l’entrée dans l’univers de la bande dessinée, donnant vie en métal aux personnages de Franquin, Hergé, Uderzo et Goscinny.
Fabriquées à la main dans des ateliers normands selon un savoir-faire artisanal rigoureux, les figurines Pixi sont peintes avec soin — Marie-Victoire Poliakoff, fille d’Alexis, y contribue activement — et conditionnées dans leur célèbre boîte rouge. Au-delà de l’objet, Pixi cultive une relation particulière avec ses collectionneurs, jouant sur l’envie de compléter une série et la dimension affective des pièces. Deux ouvrages retracent d’ailleurs cet univers : Tout Pixi de Philippe-Antoine Guénard (Éditions du Chêne) et Pixi, une douce addiction d’Antoine de Caunes (Éditions de La Martinière).
Le savoir-faire. La fabrication d’une figurine Pixi suit cinq étapes bien distinctes. D’abord la sculpture : gravure, modelage puis taille du prototype, suivis d’un ponçage minutieux et de finitions, avant l’apposition du poinçon final sous le socle. Vient ensuite le moulage, où deux types de moules sont créés à partir du prototype — le moule de gravitation, en élastomères liquides, pour les modèles d’approbation et les petites séries jusqu’à une centaine d’exemplaires, et le moule de centrifugation, en forme de galette. La fonderie prend le relais, en salle ventilée et aseptisée : un alliage d’étain, bismuth, antimoine, argent et cuivre y est fondu, puis coulé par gravitation ou par centrifugation selon la pièce. Vient alors la mise en couleur, à partir d’une palette de douze bases de pigments dosés au dixième de gramme, appliquée au pistolet pour les fonds puis au pinceau pour les détails, avant une cuisson au four qui donne aux Pixi leur aspect brillant caractéristique. Enfin, la certification : chaque pièce est conditionnée dans sa boîte rouge emblématique et accompagnée d’un certificat d’authenticité numéroté manuellement.
Les formats. L’atelier Pixi propose plusieurs types de créations : des scènes complètes (comme le banquet d’Astérix), des personnages seuls (comme Dupont assis), des séries à collectionner (comme les cartes de vœux), ou encore des scènes évolutives que l’on complète au fil des nouveautés.
Le budget. Pixi est sans doute l’atelier offrant la plus grande variété de prix : de 80-100 € pour un personnage seul à plusieurs milliers d’euros pour une scène complète.
L’atelier Leblon Delienne

L’histoire commence en 1979, lorsque Marie Leblon — artiste touche-à-tout, ancienne danseuse et chorégraphe, également créatrice de marionnettes — débute sa collaboration avec Éric Delienne. Ensemble, ils fabriquent pantins, jouets en bois et créations uniques depuis une maison de village qu’ils repeignent en rose, donnant son nom à leur entreprise naissante : « La Maison rose ».
En 1983, Marie Leblon conçoit une première famille de marionnettes Tintin — Tintin, Haddock, les Dupond-t, Tournesol, la Castafiore — au design simplifié : têtes en parallélépipèdes de bois sérigraphié, corps en tissu souple et membres en bois. Pour obtenir la licence, elle se rend avec Éric Delienne aux studios Hergé à Bruxelles, où Bob de Moor la leur accorde, non sans un certain scepticisme sur la viabilité d’un marché alors inexistant. À la même période, Marie Leblon suit un stage d’une semaine dans un atelier de moulage travaillant pour l’aérospatiale, dont elle revient avec son premier moule et les techniques de moulage et de coulée en mousse de polyuréthane, résine et élastomère — des savoir-faire qu’elle transmet aussitôt à Éric Delienne, qui les perfectionne.
Le couple se répartit naturellement les rôles : Marie Leblon à la création et à l’animation de l’atelier, Éric Delienne à la direction et au développement. Après une tentative décevante de sous-traitance, ils choisissent d’internaliser toute la production, recrutant et formant une petite équipe à chaque poste — moulage, tirage, ponçage, finition — et inventant au passage leurs propres procédés. Pour la peinture au pinceau, ils forment des couturières locales, dont le savoir-faire en volume s’avère un atout précieux. À cette époque, l’emballage reste artisanal : caisses en carton, papier bulle et étiquette suffisent. La diffusion se fait via un petit réseau de boutiques de décoration, dont Axis à Paris.
Avec la croissance de l’activité, l’atelier déménage en 1994 à Neufchâtel-en-Bray, dans des locaux plus grands, avant d’investir par la suite des bâtiments neufs adaptés à une équipe qui atteindra jusqu’à quarante salariés.
Les caractéristiques. Leblon Delienne se distingue par ses figurines en résine, creuses ou pleines, à la peinture brillante. La maison est également reconnue pour ses nombreuses figurines en taille 1, c’est-à-dire à taille réelle.
Le budget. D’une petite centaine d’euros à 10, voire 15 000 € pour une figurine en taille 1.
Repris en 2018 par Juliette de Blegiers, l’univers Leblon Delienne est aujourd’hui tourné vers la pop culture et ne produit plus, en son nom propre, de figurines de bande dessinée.
L’atelier Fariboles

Avant de fonder Fariboles, Pascal Rodier met à profit son temps libre pour fabriquer de petits personnages en plomb destinés à un fabricant rouennais de véhicules de collection à l’échelle 1/43. Fort de cette première expérience, il se présente en 1992 chez Leblon-Delienne pour postuler à un poste de sculpteur — un timing idéal, la maison cherchant justement à se diversifier vers la résine pour répondre à la concurrence de Pixi. Embauché pour un stage de trois mois dans l’équipe de Marie Leblon, il travaille sur plusieurs figurines en plomb, dont celles du Petit Spirou. Au terme de ce stage, il n’est pas engagé — mais le plaisir qu’il a découvert en sculptant lui donne l’élan nécessaire pour se lancer seul.
En septembre 1993, à 31 ans, Pascal Rodier fonde sa société. Le marché est alors verrouillé par trois marques historiques — Aroutcheff, Pixi et Leblon-Delienne — qui se partagent les grandes signatures. Pour se différencier, il fait un choix stratégique : miser sur de grands auteurs de BD moins connus du grand public, et proposer des statuettes en résine de taille raisonnable (20 à 30 cm) à des prix plus accessibles. Il contacte Régis Loisel, qui lui donne son accord pour sculpter le Fourreux, tiré de La Quête de l’oiseau du temps — l’une des toutes premières pièces de la marque.
Pascal Rodier sculpte avec la Plastiline, une pâte à modeler synthétique qui reste toujours souple, permettant de remanier une attitude même à un stade avancé du modelage. Il travaille aussi presque systématiquement en petits éléments séparés plutôt qu’en une pièce monobloc : une méthode qui facilite les manipulations, élimine les risques de contre-dépouille au moulage, et permet des jeux de couleurs plus nets et plus vivants à la peinture.
Depuis 1993, Fariboles Productions fabrique dans son atelier normand des figurines de bande dessinée, de manga et de comics, en réalisant l’intégralité des étapes sous le même toit — une particularité rare dans le secteur. De la sélection du personnage à l’emballage final, en passant par la sculpture, le moulage, le ponçage et la peinture, chaque étape est pensée pour préserver la fidélité au personnage d’origine. Fariboles a d’ailleurs fait le choix signature d’une finition mate, reconnaissable entre toutes, censée se rapprocher de l’aspect des personnages tels qu’ils apparaissent sur le papier.
Rachetée en 2022 par la société Abysse Corp, Fariboles Productions continue aujourd’hui la production de figurines de bande dessinée.
Le budget : à partir de 400€ jusqu’à plusieurs milliers pour des scènes prestiges en seconde main.
L’atelier Boulesteix

Depuis l’adolescence, Samuel Boulesteix puise dans l’univers de la pop culture pour créer ses sculptures. Passionné à la fois de bande dessinée, de figurines et de sculpture sous toutes ses formes, il aime mélanger les styles et explorer de nouvelles esthétiques, porté par la conviction qu’aucun art n’est mineur. Sa première sculpture para-BD date de 2001 ; depuis, chaque nouveau projet est pour lui un véritable laboratoire esthétique.
Pour Samuel Boulesteix, la sculpture n’est pas seulement un art : c’est aussi un métier, avec toute la connaissance technique et la pratique artisanale que cela implique. Son atelier peut répondre à toute commande, quelle que soit sa nature : modelage traditionnel ou numérique, conception de moules silicone de toutes dimensions, agrandissement, tirage en série dans différents matériaux — polyester, bronze, white métal. Il tient à intervenir personnellement à chaque étape de la fabrication, du prototypage à la patine finale.
Sa grande spécialité, mise au point en 1992, tient dans la maîtrise des matières composites : en mélangeant de la résine à des matériaux broyés — poudres métalliques ou minérales —, il obtient des moulages de haute précision imitant fidèlement le bronze de fonderie d’art, l’aluminium brossé, la terre cuite ou encore le marbre. Ce procédé, qu’il appelle « bronze composite » ou « aluminium composite » (et que les professionnels connaissent sous le nom de résine chargée, ou cold cast bronze), consiste à réduire le matériau recherché en poudre, puis à le mélanger à haute dose à un liant résine qui, en durcissant, en adopte les propriétés visuelles. Un important travail de finition — lustrages, oxydations, patines — permet ensuite d’obtenir des aspects étonnamment naturels et authentiques.
Budget : comptez plusieurs milliers d’euros à plusieurs dizaines de milliers pour des sculptures uniques.
En résumé
Chaque atelier porte l’empreinte de ses fondateurs et de leur histoire : l’élégance intemporelle de Pixi, la diversité et l’audace des formats de Leblon Delienne, l’accessibilité et la fidélité au dessin de Fariboles, ou encore la virtuosité technique des matières composites signée Boulesteix. Autant de savoir-faire différents, mais une même passion : donner corps aux héros de papier qui ont marqué nos imaginaires.